OFFRIR UNE  AIDE : ETRE ENTENDU AVANT TOUT

Pourquoi offrir et non donner ?

Pourquoi aider ?

Distinguer la proposition d'aide de sa mise en œuvre

Des précautions à prendre (Voir)

Anticiper la demande d'aide ou attendre qu'elle se déclare ?

Sur la difficulté ou le refus de demander/proposer de l'aide : hypothèse  -  Exemples

Lorsque l'offre d'aide est déliée de sa mise en oeuvre

Suis "forcé" de répondre à une demande d'aide

En conclusion

En résumé : une démarche possible du côté de l'offre

Exercices

 

Pourquoi offrir et non donner ? 

(Don)ner son aide est une expression qui est  à manier avec prudence car elle sous entend que ce don est forcément accepté et accueilli.

Tout au plus peut-on offrir une aide, c’est-à-dire se mettre à la disposition de l’autre et non s’imposer. Sans l’acceptation de ce refus possible, il y a une forte chance qu’un refus réel soit difficilement vécu.

Au-delà des mots, se mettre à la disposition de l’autre, et le faire connaître, n’est-il pas en soi une aide proprement dite qui prend la forme d’un possible soutien qui relie sans lier.  

Pourquoi aider ?

Si je prends la décision de proposer une aide à l’autre (adulte ou enfant, chef d’établissement ou élève…),  c'est avant tout parce que cette aide vise un changement, une transformation d'une situation présente ou - dans le meilleur des cas - son maintien (situation de réussite que l'on veut stabiliser). Il  s’agit modestement de se mettre à la disposition de l’autre.

Distinguer la proposition d'aide de sa mise en œuvre

En effet, la première n'implique pas de facto la mise en oeuvre de la seconde. Une proposition d'aide ne reste qu'une perspective possible engagée uniquement à partir d'un consentement explicite.

Et, en même temps, demande d'aide et mise en oeuvre restent intimement liées car c'est cette potentialité offerte qui incite à la demande.

Des précautions à prendre

On n’offre pas son aide n’importe comment ni sans raison au risque que cette offre rencontre des résistances chez l’autre, voire qu'elle soit tout simplement refusée. Il y a donc des précautions à connaître et un contexte à identifier.

Il faut que cette offre soit non seulement sans arrières pensées négatives, mais qu’elle puisse être aussi entendue et comprise par son destinataire

En effet, si j’instrumentalise mon offre pour la mettre au seul service de mes propres intérêts égoïstes ou, pire, que je le montre (par maladresse ou perversion manipulatoire), alors non seulement je disqualifie la légitimité de cette offre aux yeux de celui qui est censé en bénéficier, mais je me disqualifie aussi par la même occasion.  J’entame mon capital de crédibilité.  Je peux aussi provoquer ou amplifier chez l’autre de l’insécurité ne serait-ce parce que je lui montre que ce qui est important ce n’est pas lui mais moi. Au final, je vais provoquer des résistances et aboutir au mieux à une acceptation de surface sans adhésion sincère, au pire à un refus.

 Anticiper la demande d'aide ou attendre qu'elle se déclare ?

Est-il possible malgré tout de faire une proposition d'aide sans qu'elle ait été explicitement demandée ?  Non et oui à la fois. Non, car il ne s'agit pas d'imposer quelque chose qui serait vécu comme brutal et arbitraire. Cela peut surprendre, déclencher voir amplifier un sentiment d'insécurité. N'est-il pas convenable d'envisager qu'une personne qui se sente en difficulté et malgré tout ne dit rien, cherche à protéger une image de soi malmenée. Oui si on apprécie que derrière un silence ou un refus public (affirmé) il puisse y avoir derrière un réel désir d'aide et qu'il est possible, sous certaines précautions, de lever les résistances qui freinent son expression. Il s'agit de comprendre que derrière le silence il y a peut-être une demande non explicite qu'il est toujours possible  de supposer à défaut de l'entendre.

Sur la difficulté ou le refus de demander de l’aide ou de la proposer : quelques hypothèses

De nombreuses explications rendent une demande  d'aide inutile, difficile à formuler, voire parfois impossible... même si celle-ci reste désirée. Ces résistances prennent racine dans des représentations qui habitent celui qui veut ou ne peut pas faire la démarche.

Quelques exemples

          - Le fait que la personne veuille traverser la situation seule avec ses propres moyens pour se démontrer qu’elle en est capable ou qu’elle pense qu’elle n’a pas encore mobilisé tout ce qu’elle pouvait faire. Le « Avant de m’aider tâchons de savoir si j’en ai vraiment besoin » pourrait en être le leitmotiv. Cette position ne renvoie pas directement la personne à une situation d’échec. Elle souhaite simplement s’affirmer et ce faisant participer à une meilleure connaissance de soi-même, de ses possibilités  et une affirmation / confirmation de son statut. Rien de plus légitime. Rien de plus éducatif aussi.   Dans ce cas de figure, n’est-il pas souhaitable de ne pas insister dans l’immédiat sur la nécessité qu’une aide est envisageable ? Bien entendu, il peut apparaître que les difficultés perdurent avec le risque de voir une attitude légitime se transformer en défi obstiné et malsain.  Nous devons veiller à considérer en permanence que s’il est possible de donner un temps de sursis, il est tout aussi important d’envisager une position de repli. Celui qui envisage d’offrir son aide doit sortir l’autre d’une position qui le fixerait à une des extrémités du dilemme suivant Entre le je m’en sortirais toujours tout seul et le  j’ai toujours besoin d’une aide.   Il existe un décalage en l’offre et la demande.  L’offre porte sur le – au cas où vous ne puissiez pas surmonter la situation présente, vous devez savoir que vous pouvez compter sur moi.  Il est claire que dans une perspective  éducative, une stabilité dans la difficulté est un signal d’alerte et que refuser d’entendre la proposition d’aide

           -   Le fait que vous ne soyez pas considéré comme une personne  incapable de vous mettre en situation réelle d’écoute. Inutile alors de faire une quelconque démarche... du moins provisoirement.

           - Le fait que vous n'êtes pas regardé comme possédant les qualités ou les compétences nécessaires pour pouvoir influencer ou la comprendre la situation présente. C'est le "Ca fait longtemps qu'il a pas enseigné - au sujet du chef d'établissement", le "personne ne peut m'aider",  le "qu'est-ce qu'un prof de gym pourrait bien comprendre à ce qui se passe dans un cours de mathématiques " ou le "vous me connaissez même pas - l'adolescent à l'adulte"  illustrent cet état d'esprit. Là il est encore possible de transformer ce regard.

           - Le fait qu'une demande d'aide est en soi vécue comme un témoignage d'une situation d'échec ou, dans le pire des cas, comme l'échec du sujet proprement dit. S'inscrire dans un scénario qui implique une autre personne c'est rendre publiques devant témoin et officielles mes difficultés, mon "incapacité" à tenir le rôle pour lequel je suis censé être à la hauteur  Une difficulté ou un échec fragilise le sentiment d'estime de soi et entraîne des blessures narcissiques dont on peut aisément imaginer qu'un sujet cherche à éviter. C'est comme si chaque difficulté non dépassée correspondait à un coup de canif entamant sa bonne image de soi. C'est la situation la plus délicate et aussi la fréquente.                              

           -  Le fait que la personne pense sincèrement ne pas être en difficulté non par déni mais simplement parce qu'il lui manque des informations et des points de repère.

Lorsque l'offre d'aide est déliée de sa mise en oeuvre...

... Par le destinateur.  L'offre n'est plus alors qu'un prétexte. Elle renvoie à des enjeux symboliques qui sont coupés des enjeux réels du terrain. Il s'agit pour le destinateur de se mettre en valeur,  asseoir son autorité. Ce processus conduit vers des déviances telles que domination, soumission, intimidation...,  d'autant plus dommageables qu'elles sont mises en oeuvre par des acteurs qui détiennent un pouvoir hiérarchique.  Là, encore, un ego dans le besoin en est à l'origine. Ainsi, venir en aide représente une façon de nourrir un narcissisme malmené avant tout et à tout prix tout en se coupant des besoins réels de la situation et de celui à qui elle s'adresse. Tous les acteurs ne sont pas à l'abri de tomber dans le filet d'un ego dans le sur besoin.

Suis-je "forcé "de répondre à une demande d'aide ?

En tout cas il est toujours possible de l'entendre. Cela constitue déjà un bénéfice secondaire car la personne se sent reconnue dans sa demande et peut sortir d'un sentiment d'isolement. D'autre part, même si vous ne pouvez  pas légitimement vous sentir compétent ou armé pour apporter l'aide demandée, vous pouvez, par contre, relayer sur quelqu'un d'autre.

En conclusion

Dans un établissement scolaire, il est difficile d’admettre qu' aider l’autre, le soutenir, ne soit pas une priorité de tous les instants.  Tous les acteurs sont là pour mobiliser l’ensemble de leurs ressources personnelles et professionnelles afin de permettre aux élèves de réaliser le meilleur parcours scolaire. Les jeunes qui sont confiés à l’institution scolaire doivent rester la priorité. La mission éducative est une balise essentielle à nos actions de terrain. Je n’affirme pas que cela soit facile et possible de façon permanente dans l’état actuel des conditions de fonctionnement d’un établissement. Non à cause des enfants eux-mêmes, mais du fait que les acteurs adultes ne savent pas ou, plus grave ne peuvent pas, s’inscrire dans des relations interpersonnelles saines et reliées aux missions de l’école. Sans ces relations saines, je ne vois pas comment l’école pourrait se fédérer autour d’un projet de réussite alors que les adultes sont déjà en échec.

Est-il possible dans ces conditions de parler d’une ligne de conduite qui soit susceptible malgré tout de faire naviguer les acteurs adultes dans la complexité des relations interpersonnelles ?  J’en suis persuadé sous deux conditions. D’une par être en possession de balises et d’outils qui permettent d’obtenir une certaine stabilité de résultats. Il en existe dans le domaine de la communication. D’autre part, de rester vigilant par rapport à ce qui se passe dans l’instant. Ceci afin de conserver une souplesse d’ajustement. Il n’y a pas de package relationnel tout fait. Une boussole n’a jamais empêché certains de se perdre. Mais sans elle, le résultat est déjà assuré.

En résumé : une démarche possible du côté de l’offre

Chacun est susceptible de se retrouver devant les cas de figure suivant :

     1- il se retrouve devant une demande explicitement formulée

     2- Il soupçonne la demande sans qu’elle soit formulée de façon explicite

     3- elle n’est ni formulée ni soupçonnée, mais il fait l’hypothèse qu’une aide serait souhaitable compte tenu de l’analyse ou des informations qu’il détient.

     4- il ne fait aucune hypothèse mais a besoin d’en savoir plus car il a été alerté par des indices qui méritent son attention.

Quels que soient les différents cas, il s'agit d’agir de façon à maintenir son interlocuteur dans des dispositions favorables de réceptivité et au dialogue.

Ceci n’est possible que si le curseur sécurité/insécurité se situe dans une zone allant du tolérable au bien être. La marge de manœuvre peut être extrêmement réduite si avant tout échange, le curseur est déjà placé dans le rouge. En d’autres termes si l’autre se trouve déjà insécurisé.

- Rassurer avant de proposer  apparaît comme une mesure prudente essentielle à toute initiative. Comment faire ?    

- Choisir le moment de l’échange où la disponibilité de chacun est réunie à la fois au niveau du temps que de l’attention. Il ne s’agit pas, par exemple, d’interrompre l’enseignant dans son cours  pour lui en parler. Si vous êtes sollicité, et que vous ne vous sentez pas disponible, après avoir bien clairement fait comprendre que vous avez entendu sa demande et que c’est parce qu’elle mérite d’être traité avec égard choisissez un autre moment ou, mieux, demander à l’autre de formuler ce qui lui conviendrait le mieux quitte à choisir ensuite. 

- Choisir un cadre neutre qui garantit une confidentialité et ne stigmatise pas de façon ostentatoire une différence de position hiérarchique. Le cas de l’enseignant qui fait asseoir son élève alors qu’il reste debout ou bien du chef d’établissement qui reste assis derrière son bureau alors qu’il ne propose pas à son interlocuteur de s’asseoir me semble relever d’une grande maladresse. Il s’agiti de se mettre à la hauteur de l’autre pour aussi être capable de se mettre à sa place afin de le comprendre.

- Banaliser la demande. Beaucoup l’on déjà fait.  

- Valoriser toute demande d’aide, de conseil, ou d’avis en général car essentielle pour s’adapter et contribuer à la réussite de l’école.  Quelqu’un en difficulté doit toujours avoir la certitude que sa demande d’aide, ou l’acceptation d’entendre une proposition d’aide, est légitime... car elle l'est. Mais attention si vous n’êtes pas sincères ; non seulement cela se verra et s’entendra, mais en plus, vous perdrez toute crédibilité en tant que personne ressource potentielle.

- Proposer plutôt qu'imposer. Eviter de mettre les personnes devant le fait accompli. Rendre l'autre acteur de sa décision.

Une fois la demande ou la proposition formulée et acceptée...

- Replacer au bon endroit la difficulté ? Cela doit commencer par dissocier dans votre discours la difficulté de la personne qui l’évoque. Etre confronté à une difficulté  ne signifie pas que vous avez une difficulté et encore moins que vous êtes la difficulté. Qui n’a pas déjà entendu dans une conversation « le problème c’est lui ». Qui n’a pas déjà qualifié un élève de stupide alors qu’il avait commis une erreur. Vous êtes dangereusement piégé car vous n’avez d’autres solutions que de vous débarrasser du problème donc de l’élève !!!

- Accepter le refus mais rester disponible. Comprendre ses résistances et considérer malgré tout avec lui, quelles seraient malgré tout les conditions optimums de la mise en place de cette offre.

Cette offre est d'autant plus difficile qu'elle s'inscrit et renvoie chacun dans un rapport de compétence ou de hiérarchie. Que l'on ne se sent pas reconnu par l'autre.

- Rassurer avant de proposer.

Dans un établissement scolaire, aider à tout prix est tout aussi suspect que ne jamais le proposer. Il convient aussi de repérer le caractère de stabilité et le caractère d'urgence type de difficultés à affronter.

Exercices

Exercice 1 : comptez le nombre de personnes qui sont venues spontanément vous demander de l’aide ; comptez le nombre de personnes à qui vous avez proposé de l’aide et qui ne sont pas revenues ; la dernière fois que vous avez voulu proposer une aide,  comment cela s’est-il passé ?

Exercice 2 : dans un établissement, 4 collègues, enseignants d'E.P.S. sur 5 viennent d'arriver. Aucun n'a plus   de 26 ans. L'un des enseignants éprouve de grandes difficultés avec une classe qui perturbe d'ailleurs les autres cours.  Vous êtes le chef d'établissement et vous vous adressez au collègue concerné. Comment lui  offrir votre aide ? Vous êtes un de ses collègues. Comment lui offrir votre aide ?